Denis Dufour | Notice des œuvres

Blue Rocket on a Rocky Shore

2013 | 31'31 | opus 170 | acousmatique | support audio | 2 pistes | éditeur Opus 53

1. Introduction [06'39] · 2. Métamorphose des nuages [02'17] · 3. Égarement [01’43] · 4. Solitude  [0142] · 5Secours ou anéantissement [01’50] · 6. Massacre ou fraternité [02'07] · 7. Acier glacé de l’ogive [02'00] ·  8. Tôles déchirées [01'47] · 9. Traces de corrosion [01'33] · 10. Dérive [01’42] · 11. Parfum de cadavre [01'57] · 12. Lente apparition de l’aube [02'09] · 13. Vers une lande inconnue [04'05]

• Composé en collaboration avec Thomas Brando

• Aide à l’écriture d’une œuvre musicale nouvelle originale de l’État

• Réalisation sur ordinateur au studio du compositeur à Paris 19e

• Prises de son : Agnès Poisson et Denis Dufour

• Voix : Nissim Schaul

• Texte : Thomas Brando

• Création à Paris, auditorium Saint-Germain, le 14 janvier 2014 lors du cycle Multiphonies GRM 13-14 par Jonathan Prager sur acousmonium GRM

Le capitaine d’un navire inconnu s’est échoué sur une rive. Il aborde une côte rocheuse en Atlantique nord où s’est abîmée jadis une fusée bleue. Le soir tombe. Émane d’elle une sorte de phosphorescence. La mer est froide et agitée. L’homme est-il mort ou est-ce un rêve ? C’est l’histoire de douze hallucinations synchrones ou successives. Un écho fantomatique de douze danses de la survie, sous un angle glaciaire et inquiétant.

Douze moments d’un naufragé seul rescapé de son vaisseau fracassé sur des récifs hostiles qui, malgré les courants contraires, parvient à mettre la main sur un rocher géant dont les fragments se réduisent magiquement en poudre au fur et à mesure qu’il sort épuisé de l’eau. Lui apparaît alors entièrement l’épave mystérieusement intacte d’une fusée bleue, encore en partie enterrée dans la roche et le sable : quand et comment a-t-elle échoué là ? Est-ce le témoignage du passé ou de l’avenir, un missile inactif hérité d’un conflit ancien égaré là par accident ou une unexploded ordnance [UXO] toujours prête à sauter ? Est-ce le signe ancien déjà d’une campagne militaire de libération ou au contraire le souvenir inquiétant d’une stratégie de rétablissement d’un nouvel ordre totalitaire ?

Sur cette grève déserte, aucune présence humaine ni animale ne vient rassurer le naufragé, ni dans le temps, ni dans l’espace. Est-il le premier témoin de ce missile échoué ? Celui-ci a-t-il délivré son pouvoir de destruction ? Il entend au loin un adolescent jouer comme une mazurka portée par le vent. Le roulis de la mer, les battements du cœur, le rythme plus ou moins rapide de notre respiration, l’alternance jour-nuit, l’aller-retour entre désir et dégoût, la jonction ambiguë entre plaisir et souffrance et le simple clignement de nos yeux, tout concoure dans notre vie d’homme à engager des routines qui nous maintiennent dans un sentiment illusoire de persistance et de continuité. C’est de ce roulis froid et inhospitalier que le musicien s’extrait tenté par l’exploration des décombres d’hier, fasciné par les hallucinations mélodiques d’un piano, comme posé sur la dune, et dont le déroulé semble inspiré uniquement par le vent. Le génie est-il seul sur la plage ? [Jérôme Nylon]

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