Denis Dufour | Notice des œuvres

Chambre 44

2015 | 10’30 | opus 176 | éditeur Maison Ona

pour flûte, saxophone alto, percussion, piano et support audio

1. Carré magique 1 [fl, sax, perc, pno, electro, 01’44]  ·  2. Chambre claire [fl, perc, electro, 01’44]  ·  3. Chambre aérienne [fl, sax, electro, 01’44]  ·  4. Chambre aux papillons [perc, pno, electro, 01’44]  ·  5. Chambre endormie [sax, pno, electro, 01’44]  ·  6. Carré magique 2 [fl, sax, perc, pno, electro, 01'44]

• Dédié à Marie-Claude Vidal*

• Réalisation de la partie électroacoustique sur ordinateur au studio du compositeur à Paris 19e

• Prises de son : Denis Dufour

• Création à Perpignan, auditorium John Cage, le 10 février 2016 lors du cycle Syntax 15.1 par Laura Lacombe, flûte, Aurélien Mérial, saxophone alto, Thibaud Cardonnet, percussion, Laure Makele-Tomas, piano et Jonathan Prager sur acousmonium Motus

Se présentant sous la forme d’une discrète polyphonie de plein jeu donnée par l’ensemble des quatre instruments, Chambre 44 s’ouvre comme une main sur quatre séquences en duo déduites de la compression initiale et figurant chacune le jeu particulier d’un orgue imaginaire. Capable de choisir et donc de se tromper, d’oublier, et d’oublier qu’on a oublié, là est le mystère de la nature humaine. C’est le projet de cette œuvre que de se situer entre le calcul et la fascination, entré carré et spirale.

1. Carré magique 1 – Comment de l’inaction l’imagination naît-elle, et de l’imagination le projet, et comment le projet forme-t-il l’action, et mieux encore, l’activité (et non l’agitation) ?

« Ô saisons, ô châteaux, | Quelle âme est sans défaut ? | J’ai fait la magique étude | Du Bonheur, que nul n’élude. » [Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer, Alchimie du Verbe]

2. Chambre claire – Imitation. Faut-il produire pour se reproduire, copier pour apprendre, imiter pour s’initier ?

« Je n’y disposais que d’une chambre, au troisième étage, que je louais à des petits-bourgeois russes. Eux-mêmes occupaient une seconde chambre, mitoyenne, plus étroite, au point que la porte qui nous séparait restait toujours ouverte, ce que je recherchais. » [Dostoïevski, Les Démons]

3. Chambre aérienne – Entropie. Comment la volupté physique génère une énergie psychique inconnue ?

« Il entrait tout essoufflé dans la chambre aérienne de la grosse cloche. Il la considérait un moment avec recueillement et amour, puis il lui adressait doucement la parole, il la flattait de la main, comme un bon cheval qui va faire une longue course. Il la plaignait de la peine qu’elle allait avoir. Après ces premières caresses, il criait à ses aides, placés à l’étage inférieur de la tour, de commencer. Ceux-ci se pendaient aux câbles, le cabestan criait, et l’énorme capsule de métal s’ébranlait lentement. Quasimodo, palpitant, la suivait du regard. » [Victor Hugo, Notre-Dame de Paris]

4. Chambre aux papillons – Agitation. Suffocation, mirages et hallucinations.

« – Alexis : tu es revenu pourquoi, alors ? | – Fernando : pour mourir. | – Alexis : comment ça pour mourir ? | – Alfonso : allons, fais-lui connaître la ’chambre aux papillons’ avant qu’il ne meure. La vie est très courte et la roue peut s’arrêter de tourner quand on s’y attend le moins. | – Fernando (une fois dans la chambre) : mais, où sont les papillons ? | – Alexis : tu parles, y’a pas de papillons ici, les papillons, c’est nous. » [La Vierge des tueurs, film de Barbet Schroeder]

5. Chambre endormie [La Fanfare de mes rêves] – Hypnose. Comment par la perplexité échapper au paradoxe : l’angoisse qui gouverne ceux qui grandissent dans la petitesse, la frayeur qui guide ceux qui s’enfuient dans les hauteurs de leur imagination.

« C’est toujours sur ces rivages magiques que les enfants viennent échouer leurs canots. Nous aussi, nous y sommes allés, et en dépit du fait que nous n’y aborderons jamais plus, nous avons encore dans l’oreille le chant des vagues. » [James Matthew Barrie, Peter Pan]

6. Carré magique 2 – Double don que celui de la pensée sans activité. Réfléchir, c’est à la fois refléter et élaborer, donner cours aux obsessions comme aux solutions, à l’introspection comme à la perspective. L’esprit nous fait hésiter mais aussi résoudre, conduit à trouver mais aussi à se perdre.

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos dans une chambre. » [Pascal, Pensées, 139]

* Il y a quelques années à Perpignan, Marie-Claude Vidal m'offrait un curieux petit objet indonésien. Constitué d'une baguette de bois reliée à un tout petit tambour par un fil de nylon, il produit, lorsque qu'on fait tourner le cylindre autour du manche, des sons proches des chants de grenouille, dont j’ai fait le matériau principal de la partie électroacoustique de Chambre 44.

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