Denis Dufour | Notice des œuvres

Dernier Quatuor

2013 | 15'00 | opus 168 | éditeur Maison Ona

pour quatuor à cordes

• Dédié à Dieter Kaufmann

• Création à Wien, Alte Schmiede, le 30 novembre 2013 lors du concert Saitensprung par le Koehne Quartett (Joanna Lewis et Anne Harvey-Nagl, violon, Lena Fankhauser, alto, Mara Kronick, violoncelle)

Bonjour Tristan. Paraphrasant le titre du roman de Françoise Sagan*, nous pourrions dire que ce premier quatuor de Denis Dufour, comme le fut en son temps le premier roman de l’auteur d'Aimez-vous Brahms, serait à mettre au compte des comètes. Par sa brièveté, mais aussi par une forme de fulgurance toute influencée de néo-wagnérisme français. Qu’on ne se méprenne pas : même si le thème chromatique ultra fameux de quatre notes qui apparaît pour la première fois dans le lied Im Treibhaus des Wesendonck Lieder sous la plume de l’auteur de Tristan en 1858 s’impose en sourdine –et comme il se doit – comme un leitmotiv dès les premières mesures de ce quatuor, il ne s’agit pas pour Dufour de verser dans la nostalgie délectable et morose de l’ambiance fin de siècle interminable que Wagner inaugura par son œuvre. Foin non plus de énième quatuor de Richard Wagner, dont on ne connaît d’ailleurs quasiment aucune œuvre de chambre revendiquée. Plutôt une réminiscence effritée et irisée par le prisme de l’atonalité contenue en germe dans ces quelques notes qui inaugureront plus tard le troisième acte de son opéra éponyme, Tristan und Isolde. Une ambiance crépusculaire et mordorée à rapprocher plutôt des œuvres de chambre de Franck et Chausson, quand ce n’est pas des airs/récitatifs terriblement nostalgiques et plaintifs du Pélleas de Debussy. Des formulations tirées des Variations acousmatiques du même Denis Dufour (mais nées d’un tout autre contexte, celui de sa production pour support audio spatialisé) traversent ce quatuor et se colorent donc de l’éclat triste et mat d’un œuvre ironiquement intitulée Dernier Quatuor comme pour conjurer le risque que ce premier quatuor de Denis Dufour, jeune compositeur instrumental de 60 ans, demeure effectivement le seul de son auteur. [Jérôme Nylon]

* Bonjour tristesse (1954)

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