Denis Dufour | Notice des œuvres

Dionaea

2007 | 10'10 | opus 139 | acousmatique | support audio | 2 pistes | éditeur Opus 53

• Cycle Le Livre des désordres

• Réalisation sur ordinateur au studio du compositeur à Paris 19e

• Prises de son : Denis Dufour

• Création à Osaka, temple Senkoji, le 27 mai 2007 lors du concert IH plus vol.2 par Tomonari Higaki sur acousmonium IH plus

La Dionée, appelée aussi Gobe-mouche ou Venus’s flytrap, est une plante dont l’action rapide des lobes de ses feuilles constitue pour ses proies un étonnant piège à mâchoire. Sur le modèle de sa structure florale en étoile, constituée de plusieurs plans de symétrie (cinq pétales blancs, cinq sépales et une quinzaine d’étamines), l’œuvre joue sur ce que son appartenance à la catégorie des plantes carnivores peut suggérer : métaphore du vampire, symbole du prédateur aveugle, organisme apparemment dépourvu de perception, brutalité et rapidité de la réaction… Troisième œuvre du cycle Le Livre des désordres (1), Dionaea, tout en s’inspirant de ces images, poursuit le travail sur les impressions qui se dégagent au contact d’un proche qui passe de la plus profonde dépression à l’exaltation soudaine. L’analogie avec tout ce qu’évoque cette plante réside dans la sensation d’être pris au piège, phagocyté, absorbé par lui lorsque survient un épisode de brusque et intense excitation. Il devient alors impossible de le raisonner, dangereux de réagir, difficile de rester neutre, maladroit de laisser faire et douloureux de l’abandonner à son sort… [Denis Dufour]

 

(1) Commencé en 2007, Le Livre des désordres est une suite d’œuvres acousmatiques, instrumentales et mixtes* inspirées par les cycles perturbés de l’humeur propres aux personnes bipolaires, alternant les abysses de la plus profonde dépression et l’exaltation sommitale d’une toute puissance invincible et solaire. Le côtoiement d’un proche touché par ce trouble m’a suggéré d’exprimer par la musique, selon les œuvres, soit son ressenti profond entre excitation et abattement, soit mon observation distanciée de ses changements d’état, soit mes propres souffrances face tantôt à son excessive et destructrice euphorie, tantôt à son épuisante et déroutante immobilité. Compositeur, j’ai, depuis longtemps déjà, investi dans mes musiques** le territoire des sentiments, de leurs désordres et des déjouements dont ils sont souvent l’objet. Le trouble psychique, rarement évoqué de front, apparaît pourtant comme le moteur bien involontaire de nombre d’actions, de décisions, d’œuvres artistiques, d’aventures extraordinaires comme de redoutables tragédies humaines. Modèle à la fois abstrait, conceptuel et anecdotique, j’en ai fait, nourri de mes expériences et de mes rencontres, l’une des bases de réflexion et de construction de ma création. Cependant, chacun sait que la musique n’exprime rien d’autre que ce qu’il peut comprendre de son propre vécu et de ses sentiments, et de ce qu’il peut en accepter. [Denis Dufour]

* L’Esprit en étoile [2007] pour support audio, Spiritus / Stella pour deux basses de viole, Dionaea [2007] pour support audio, Noir [2008] pour piano et support audio, Heimliches Licht [2008] pour flûte et support audio, The Blob [2009] pour support audio, Face aux ténèbres [2009] pour saxophone alto, percussion, piano et support audio, Sprint [2014] pour flûte, percussion, violon, violoncelle et contrebasse, Amor Niger L. [2018] pour voix et support audio.

** Notre besoin de consolation est impossible à rassasier [1989], texte de Stig Dagerman lu par Thomas Brando, Charge maximale [1991], Bazar punaise [1996] et Voix off’ [2005] 91’02 sur des textes de Thomas Brando.

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