Denis Dufour | Notice des œuvres

Face aux ténèbres 

2009 | 10’30 | opus 150 | éditeur Maison Ona

pour saxophone alto, percussion, piano et support audio

• Cycle Le Livre des désordres

• Réalisation de la partie électroacoustique sur ordinateur au studio du compositeur à Paris 19e

• Prises de son : Denis Dufour

• Création à Paris, salle d’exposition de la mairie du 2e arrondissement, le 21 octobre 2009 lors de ’Automne mixte’ / Concerts des Quatre saisons de Motus par l’ensemble Syntax (Radek Knop, saxophone, Philippe Spiesser, percussion, François-Michel Rignol, piano, Jonathan Prager, acousmonium)

Face aux ténèbres, septième pièce du Livre des désordres (1), exprime l’au-delà de la plus extrême dépression, quand toute volonté, tout désir, tout combat sont abandonnés, la parole abolie, la relation anéantie. Malgré les violentes tensions et poussées intérieures d’une énergie emprisonnée, demeure un semblant de sérénité, une apparence de placidité dissimulant une vie éteinte, préservée mais inaccessible, une forteresse vide.

1. Commencé en 2007, Le Livre des désordres est une suite d’œuvres acousmatiques, instrumentales et mixtes* inspirées par les cycles perturbés de l’humeur propres aux personnes bipolaires, alternant les abysses de la plus profonde dépression et l’exaltation sommitale d’une toute puissance invincible et solaire. Le côtoiement d’un proche touché par ce trouble m’a suggéré d’exprimer par la musique, selon les œuvres, soit son ressenti profond entre excitation et abattement, soit mon observation distanciée de ses changements d’état, soit mes propres souffrances face tantôt à son excessive et destructrice euphorie, tantôt à son épuisante et déroutante immobilité. Compositeur, j’ai, depuis longtemps déjà, investi dans mes musiques** le territoire des sentiments, de leurs désordres et des déjouements dont ils sont souvent l’objet. Le trouble psychique, rarement évoqué de front, apparaît pourtant comme le moteur bien involontaire de nombre d’actions, de décisions, d’œuvres artistiques, d’aventures extraordinaires comme de redoutables tragédies humaines. Modèle à la fois abstrait, conceptuel et anecdotique, j’en ai fait, nourri de mes expériences et de mes rencontres, l’une des bases de réflexion et de construction de ma création. Cependant, chacun sait que la musique n’exprime rien d’autre que ce qu’il peut comprendre de son propre vécu et de ses sentiments, et de ce qu’il peut en accepter. [Denis Dufour]

* L’Esprit en étoile [2007] pour support audio | Spiritus / Stella pour deux basses de viole | Dionaea [2007] pour support audio • Noir [2008] pour piano et support audio | Heimliches Licht [2008] pour flûte et support audio | The Blob [2009] pour support audio | Face aux ténèbres [2009] pour saxophone alto, percussion, piano et support audio | Sprint [2015] pour flûte, percussion, violon, violoncelle et contrebasse | Amor Niger L. [2018] pour voix et support audio.

** Notre besoin de consolation est impossible à rassasier [1989, texte de Stig Dagerman lu par Thomas Brando] | Charge maximale [1991] | Bazar punaise [1996] | Voix off' [2005] sur des texte de Thomas Brando.

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