
Denis Dufour | Notice des œuvres
Flèches
1993 | 25'48 | opus 77 | acousmatique | support audio | 2 pistes | éditions Maison Ona
01. Trajet 1 [03'00] · 02. Cible 1 [05'11] · 03. Cible 2 [02'10] · 04. Rechant 1 [07'22] · 05. Trajet 2 [01'47] · 06. Rechant 2 [01'14] · 07. Trajet 3 [03'48]
• Dédié à Stéphane Dune
• Commande de l’Ina-GRM
• Réalisation sur magnétophones et ordinateur au studio du compositeur à Crest
• Prises de son : Denis Dufour
• Flûte : Sandrine Bréchot
• Cor : Stéphane Dune
• Voix : Denis Dufour
• Texte : Thomas Brando
• Création à Paris, auditorium Olivier Messiaen de la Maison de la Radio, le 25 janvier 1993 lors du cycle acousmatique de l’Ina-GRM Son-Mu 93 par Denis Dufour sur acousmonium GRM
Le texte dit que la relation entre celui qui désire et celui qui est désiré est un lien pareil à celui qui réunit le gibier et le chasseur, le flic et le truand, le meurtrier à sa victime, le lion à la gazelle, Dieu à l’homme. L’arme est un lien, rupture, mais aussi lien. Le lien est soumis à la rupture, la rupture est un nouveau lien, et ainsi de suite…
C’est l’interpénétration des pulsions de mort et d’amour qui est ici mise en scène, jouée, éclairée, exacerbée. Douleur et plaisir de l’amour, d’aimer, d’être aimé, jeu d’attractions et de répulsions réciproques, mais le plus souvent en phases opposées. Douleur du plaisir, jouissance du manque, comme une promesse éternellement ajournée, donc idéale, d’accomplissement.
Le texte se déploie tout le long de l’œuvre, de manière très diluée, très lente, large, ample. Il y a interpénétration entre le souffle de la voix parlée et toutes sortes de souffles naturels ou artificiels, de sifflements, de plaintes, cris et chants, c’est le matériau principal.
Le ton est celui de la litanie intense, fébrile. Avec quelques accès chantés, délirants de temps à autre. Gravité, tristesse, ferveur, intensité : quelque chose de mystique (mais non caricatural) transparaît de la diction, claire, précise, sans accentuation particulière.
Ces voix qui parfois s’effilochent, se dégradent, apparaissent comme un flot hypnotique et synthétique de voix “déshumanisées”, extrêmement prégnantes et obsédantes, malléables, extensibles et réductibles à merci. Une dureté souple à l’extrême, comme de l’acier qui sortirait d’un tube de dentifrice.
On pense au contrepoint, à la mécanique hyper efficace des fugues et des madrigaux, à la course impitoyable que livre le chasseur au gibier. Un lyrisme contenu, qui n’explose jamais, cassant, continu, infernal, presque. [Thomas Brando]
