Denis Dufour | Notice des œuvres

L’Esprit en étoile

2007 | 14'44 | opus 137 | acousmatique | support audio | 2 pistes | éditeur Opus 53

• Cycle Le Livre des désordres

• Commande de Radio France

• Dédié à SB

• Réalisation sur ordinateur au studio du compositeur à Paris 19e

• Prises de son : Denis Dufour

• Ken (orgue à bouche thaïlandais), harpe et cymbale : Denis Dufour

• Création à Paris, auditorium Olivier Messiaen de la Maison de la Radio, le 13 janvier 2007 lors du cycle Multiphonies 2006-2007 par Denis Dufour sur acousmonium GRM

Première œuvre du cycle Le Livre des désordres (1), L’Esprit en étoile est une œuvre bipolaire en toboggans croisés de l’accès mélancolique à l’exaltation extrême.

1. Excitation évidente. Le modèle est jovial, volubile, les mimiques sont expressives, passant du rire aux larmes, de l’inconscience au découragement. Son lieu de vie est dans un désordre le plus complet. Tout lui semble familier, rien ne l’intimide. Contacts avec tout le monde mais aussi très superficiels. Très à l’aise en toutes circonstances, il ne tient pas en place et plus l’excitation augmente plus la pensée se disperse. Humeur euphorique et sensation de vie intense. L’âme se sent infatigable et elle l’est. Hyperactivité manifestée par des lettres, des démarches, des achats inconsidérés, un débit précipité de la parole, une agitation constante. Tout est perçu avec ravissement et il échafaude des projets grandioses, surestimant ses capacités.

2. Douleur morale et sentiment de tristesse très intense, d’abattement, de désespoir, de lassitude, de découragement, de désintérêt général, d’émoussement affectif. Il n’éprouve plus de plaisir. Perte de toute capacité d’effort et d’initiative, passivité totale, laisser aller général et ralentissement psychomoteur et psychique : il traîne le pas, le corps est affaissé, les gestes sont lents, baisse de l’attention et de la mémoire, fuite des idées. Distorsion de la pensée caractérisée par le sentiment d’infériorité, de déchéance, d’échec, d’impuissance, d’autodépréciation, de pessimisme. L’anxiété est quasiment constante. [Jérôme Nylon]

 

(1) Commencé en 2007, Le Livre des désordres est une suite d’œuvres acousmatiques, instrumentales et mixtes* inspirées par les cycles perturbés de l’humeur propres aux personnes bipolaires, alternant les abysses de la plus profonde dépression et l’exaltation sommitale d’une toute puissance invincible et solaire. Le côtoiement d’un proche touché par ce trouble m’a suggéré d’exprimer par la musique, selon les œuvres, soit son ressenti profond entre excitation et abattement, soit mon observation distanciée de ses changements d’état, soit mes propres souffrances face tantôt à son excessive et destructrice euphorie, tantôt à son épuisante et déroutante immobilité. Compositeur, j’ai, depuis longtemps déjà, investi dans mes musiques** le territoire des sentiments, de leurs désordres et des déjouements dont ils sont souvent l’objet. Le trouble psychique, rarement évoqué de front, apparaît pourtant comme le moteur bien involontaire de nombre d’actions, de décisions, d’œuvres artistiques, d’aventures extraordinaires comme de redoutables tragédies humaines. Modèle à la fois abstrait, conceptuel et anecdotique, j’en ai fait, nourri de mes expériences et de mes rencontres, l’une des bases de réflexion et de construction de ma création. Cependant, chacun sait que la musique n’exprime rien d’autre que ce qu’il peut comprendre de son propre vécu et de ses sentiments, et de ce qu’il peut en accepter. [Denis Dufour]

* L’Esprit en étoile [2007] pour support audio, Spiritus / Stella pour deux basses de viole, Dionaea [2007] pour support audio, Noir [2008] pour piano et support audio, Heimliches Licht [2008] pour flûte et support audio, The Blob [2009] pour support audio, Face aux ténèbres [2009] pour saxophone alto, percussion, piano et support audio, Sprint [2014] pour flûte, percussion, violon, violoncelle et contrebasse, Amor Niger L. [2018] pour voix et support audio.

** Notre besoin de consolation est impossible à rassasier [1989], texte de Stig Dagerman lu par Thomas Brando, Charge maximale [1991], Bazar punaise [1996] et Voix off’ [2005] sur des textes de Thomas Brando.

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