Denis Dufour | Notice des œuvres

Spiritus / Stella

2007 | 10’00 | opus 138 | éditeur Maison Ona

pour deux basses de viole

• Cycle Le Livre des désordres

• Commande pédagogique du CNSMD de Lyon

• Création à Lyon, salle Varèse du CNSMD, le 14 juin 2007 lors de l’examen du Certificat d’études complémentaires spécialisées et du Certificat d’études supérieures des classes de viole de gambe, flûte à bec, trompette baroque, par Myriam Rignol et Malu Gabard

Commencé en 2007, Le Livre des désordres (1) est une suite d’œuvres acousmatiques, instrumentales et mixtes inspirées par les cycles perturbés de l’humeur propres aux personnes bipolaires, alternant les abysses de la plus profonde dépression et l’exaltation sommitale d’une toute puissance invincible et solaire. Deuxième œuvre de ce cycle –composé de huit pièces à ce jour – Spiritus / Stella fait écho au penchant affiché au dix-septième siècle pour l’expression de la mélancolie (qui s’exprima également dans les lettres, la philosophie et la peinture) ainsi que référence à Marin Marais et Sainte-Colombe. Détaillée et animée de multiples figures expressives, l’écriture est informée de ce modèle à la fois abstrait, psychologique et événementiel où alternent excitation et abattement, volubilité et rétraction, comme pour faire valoir que ce qu’on peut prendre pour une distorsion de la pensée est en fait le symptôme d’un “esprit en étoile”. 

[Jérôme Nylon]

1. Le Livre des désordres, qui comprend à ce jour neuf pièces*, est un cycle d’œuvres acousmatiques, instrumentales ou mixtes que m’ont suggéré les fortes variations de l’humeur affectant la personne atteinte de trouble bipolaire [anciennement appelé psychose maniaco-dépressive]. C’est ma façon, inspirée par l’observation et le côtoiement d’un proche touché par cette affection, de transmettre par la musique les différents états traversés par celui qui passe de la plus profonde dépression à l’exaltation soudaine : absence d’intérêt ou de plaisir, sentiment de tristesse ou de vide intérieur, fatigue, ralentissement de l’activité, immobilité… alternant avec des idées de grandeur, un débit précipité de la parole, une fuite ou une sensation de défilement accéléré des idées, une impatience, une euphorie, des actes excessifs, une sensation d’énergie débordante… Compositeur, j’ai, depuis longtemps déjà, investi dans mes musiques le territoire des sentiments, de leurs désordres et des déjouements dont ils sont souvent l’objet. Le trouble psychique, rarement évoqué de front, apparaît pourtant comme le moteur bien involontaire de nombre d’actions, de décisions, d’œuvres artistiques, d’aventures extraordinaires comme de redoutables tragédies humaines. Modèle à la fois abstrait, conceptuel et anecdotique, j’en ai fait, nourri de mes expériences et de mes rencontres, l’une des bases de réflexion et de construction de ma création**. Cependant, chacun sait que la musique n’exprime rien d’autre que ce qu’il peut comprendre de son propre vécu et de ses sentiments, et de ce qu’il peut en accepter.

* L’Esprit en étoile [2007] pour support audio | Spiritus / Stella pour deux basses de viole | Dionaea [2007] pour support audio • Noir [2008] pour piano et support audio | Heimliches Licht [2008] pour flûte et support audio | The Blob [2009] pour support audio | Face aux ténèbres [2009] pour saxophone alto, percussion, piano et support audio | Sprint [2015] pour flûte, percussion, violon, violoncelle et contrebasse | Amor Niger L. [2018] pour voix et support

** Notre besoin de consolation est impossible à rassasier [1989, texte de Stig Dagerman lu par Thomas Brando] | Charge maximale [1991, texte de Thomas Brando] | Bazar punaise [1996, texte de Thomas Brando] | Voix off' [2005, texte de Thomas Brando]

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