Denis Dufour | Notice des œuvres

Sprint

2015 | 12'00 | opus 175 | éditeur Maison Ona

pour flûte, violon, violoncelle, contrebasse et percussion

• Cycle Le Livre des désordres

• Dédié à Dali Feng

• Demande de Dali Feng pour l'ensemble 20° dans le noir

• Première audition à Aubervilliers, auditorium du Conservatoire régional, le 4 avril 2015 par l'ensemble 20° dans le noir

Sprint, huitième pièce du cycle Le Livre des désordres (1), s’inspire des effets du syndrome sérotoninergique provoqués par une perturbation de l’équilibre chimique du système nerveux central due à un excès de sérotonine au niveau cérébral. La sérotonine intervient dans la régulation du cycle circadien et son déséquilibre est la cause de désordres psychiatriques tels que le stress, l’anxiété, la dépression, le trouble bipolaire… Ainsi, jouant le rôle de neurotransmetteur, elle agit sur les comportements alimentaires et sexuels, le cycle veille-sommeil, la douleur, l’anxiété, les changements d’état émotionnel ou d’humeur et sur la fonction de thermorégulation. L’excès de sérotonine peut survenir à la suite d’un traitement antidépresseur, d’une interaction ou d’un surdosage médicamenteux, susceptible de provoquer tachycardie, élévation de la pression artérielle, hyperthermie.

Le guépard, bien que le plus rapide des sprinters terrestres, n’en demeure pas moins un chasseur peu efficace – moins de quarante pour cent de réussite ! On attribue ses abandons et ses échecs, lors d’une traque, à une surchauffe potentiellement mortelle de son organisme. En réalité, ce n’est pas tant le sprint, l’amenant à la vitesse exceptionnelle de 110 km par heure en quelques dizaines de secondes, qui en est la cause. Avant de pouvoir consommer sa proie à l’issue d’une chasse réussie, épuisé par un tel effort, il doit se reposer de longues minutes en demeurant vigilant et aux aguets car il devient alors plus vulnérable aux léopards ou aux lions. Montrant des signes de nervosité après avoir obtenu une proie, et toujours en alerte tandis qu’il s’en nourrit, le guépard surchauffe non lors de sa course mais une fois qu’il l’a attrapée ! Il serait victime d’une hyperthermie de stress.

 

1. Le Livre des désordres, qui comprend à ce jour neuf pièces*, est un cycle d’œuvres acousmatiques, instrumentales ou mixtes que m’ont suggéré les fortes variations de l’humeur affectant la personne atteinte de trouble bipolaire [anciennement appelé psychose maniaco-dépressive]. C’est ma façon, inspirée par l’observation et le côtoiement d’un proche touché par cette affection, de transmettre par la musique les différents états traversés par celui qui passe de la plus profonde dépression à l’exaltation soudaine : absence d’intérêt ou de plaisir, sentiment de tristesse ou de vide intérieur, fatigue, ralentissement de l’activité, immobilité… alternant avec des idées de grandeur, un débit précipité de la parole, une fuite ou une sensation de défilement accéléré des idées, une impatience, une euphorie, des actes excessifs, une sensation d’énergie débordante… Compositeur, j’ai, depuis longtemps déjà, investi dans mes musiques le territoire des sentiments, de leurs désordres et des déjouements dont ils sont souvent l’objet. Le trouble psychique, rarement évoqué de front, apparaît pourtant comme le moteur bien involontaire de nombre d’actions, de décisions, d’œuvres artistiques, d’aventures extraordinaires comme de redoutables tragédies humaines. Modèle à la fois abstrait, conceptuel et anecdotique, j’en ai fait, nourri de mes expériences et de mes rencontres, l’une des bases de réflexion et de construction de ma création**. Cependant, chacun sait que la musique n’exprime rien d’autre que ce qu’il peut comprendre de son propre vécu et de ses sentiments, et de ce qu’il peut en accepter.

* L’Esprit en étoile [2007] pour support audio | Spiritus / Stella [2007] pour deux basses de viole | Dionaea [2007] pour support audio • Noir [2008] pour piano et support audio | Heimliches Licht [2008] pour flûte et support audio | The Blob [2009] pour support audio | Face aux ténèbres [2009] pour saxophone alto, percussion, piano et support audio | Sprint [2015] pour flûte, percussion, violon, violoncelle et contrebasse | Amor Niger L. [2018] pour voix et support audio

** Notre besoin de consolation est impossible à rassasier [1989, texte de Stig Dagerman lu par Thomas Brando] | Charge maximale [1991, texte de Thomas Brando] | Bazar punaise [1996, texte de Thomas Brando] | Voix off' [2005, texte de Thomas Brando]

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