Denis Dufour | Notice des œuvres

Trois transcriptions d’après Rameau

1996 | 14'00 | opus 92 | éditeur Opus 53

pour flûte (jouant le piccolo), hautbois (jouant le cor anglais), clarinette, harpe, piano, violon, alto et violoncelle

1. La Dauphine [4’00] · 2. Les Trois mains [5’30] · 3. Les Cyclopes [4’00]

• Dédié à Thomas Brando

• Commande de l'ensemble Les Temps Modernes

• Création à Oullins, théâtre de la Renaissance, le 20 décembre 1996 par l’ensemble Les Temps Modernes sous la direction de Jean-Denis Michat

Dans ces Trois transcriptions d’après Rameau, la tradition orale de la musique baroque (modes de jeu et ornementations) est remplacée par une surdétermination intentionnelle de la notation. Le caractère précieux, si souvent propre à la musique française quelles qu'en soient les époques, est ici de mise. Un grand soin est apporté à la netteté du détail, au caractère incisif des modes d'attaques et à la délicatesse gourmande des techniques de jeu (ricochet, pizzicato, piqué, louré, arpègement, accents, sur le chevalet, etc.). Pas d'effet de flou, pas non plus de son trop appuyé ni trop charnu, mais un son ferme, soutenu, mordant. On passe de l'étincelant à l'acide, d'un son grêle à un son saturé, d'une couleur chatoyante à une nuance diaphane, toujours avec une grande précision de jeu et un extrême raffinement du son. Les points d'orgue sont comme des instants figés, gelés. Sans caractère d'exaltation ou de rêverie, ils tiennent de la surprise liée à un temps suspendu dont le redépart est aussi capricieux que soudain. Et c’est avec cet esprit ludique que la mélancolie passagère du deuxième mouvement compose en alternance avec le caractère enjoué.

Lorsqu'on interroge Denis Dufour sur ses années d'étude, il lui arrive de répondre qu'il a un maître, qu'il n'a jamais connu, Jean-Philippe Rameau. Dans une lettre, Jean-Jacques Rousseau écrivait à Grimm que « personne n'a mieux que lui saisi l'esprit des détails, personne n'a mieux su l'art des contrastes ». Et c'est bien de cette “manière française” que la musique de Dufour, tant instrumentale qu'acousmatique, est façonnée. Avec cette œuvre il lui rend un hommage direct dont il n'est meilleur commentaire que ce texte écrit en 1991 par Jérôme Nylon : « Dans toutes ses compositions, Denis Dufour joue avec beaucoup de force d'une dimension qui résulte des jeux d'énergies, formes et mouvements des entités sonores : il s'agit d'une intégrale de paramètres aux définitions plus ou moins conventionnelles (hauteur, timbre, intensité et durée mais aussi espace, vitesse, esprit, charge émotionnelle et anecdotique) qui ne sont pas pensés seulement pour eux-mêmes mais pour servir en priorité une écriture sonique. Ce sont à la fois sa pratique de l'électroacoustique, son travail de synthiste au sein de l'Ensemble instrumental électroacoustique TM+, ses travaux de recherche et d'identification des paramètres perceptifs, son expérience des dimensions affectives et psychologiques du son qui lui ont permis de faire se rejoindre une écriture instrumentale et une compréhension globale de l'univers sonore, que l'art acousmatique se refuse à réduire aux paramètres usuels de la musique instrumentale. Par son écriture morphologique, il se fait paradoxalement l'héritier d'un phrasé baroque où mobilité des figures, fluidité, élans, suspensions, balancements, oscillations, glissements, jeux de contrastes et de légèreté, préciosité du discours et des ornementations concourent à la création d'un langage véritablement original. Sur la mise en forme des sonorités, des couleurs, des enchaînements et des articulations s'appuient la lisibilité de ses partitions, la profondeur de leur expression, leur lyrisme volontaire et élégant ».

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